Pour éviter l’effondrement de la zone euro, l’Europe tend à devenir un super-État

par Frank Hollenbeck (2 mai 2020)

Photo par Micah Williams sur Unsplash

Le président français Macron a récemment envoyé un tir de sommation en direction de la gouvernance européenne. Il a déclaré qu’à moins de rendre tous les pays de l’Union européenne mutuellement responsables des dettes de chacun de ses membres, l’U.E. pourrait s’effondrer. En mars, Christine Lagarde a demandé aux ministres des Finances de la zone euro d’envisager l’émission ponctuelle et coordonnée de “coronabonds” pour accompagner la lutte contre la pandémie de coronavirus. Mais cette proposition a suscité l’opposition de l’Allemagne et des autres pays d’Europe du Nord, qui ne souhaitent pas être responsables des dettes des États les plus dépensiers de l’U.E.

Avant la crise, l’Italie avait un ratio dette/P.B.I. de 135%. Bien qu’elle ait eu plus d’une décennie pour réduire sa dette après la crise de 2008, l’Italie n’a cessé de repousser la résolution de ce problème. Sans troubles graves ni révolte des électeurs, les politiciens ne prendront jamais la dette au sérieux et leurs pays échoueront immanquablement à la réduire.

C’est aussi le cas des États-Unis, de la France, du Japon et même du Royaume-Uni. Lorsqu’une banque centrale peut augmenter à volonté la masse des fonds prêtables, les taux d’intérêt peuvent être maintenus à des niveaux artificiellement bas sur une durée très longue. Même avant l’actuelle crise du coronavirus, la Banque centrale européenne (B.C.E.) achetait des quantités massives de dettes “de qualité”, sous la forme d’obligations d’État ou d’entreprises. Cette baisse du rendement à travers l’Europe a fait également baisser les coûts d’emprunt pour des pays comme l’Italie. En l’absence de coûts d’emprunt plus élevés, il n’y a aucune souffrance et donc aucune incitation à faire quoi que ce soit pour réduire la dette. Les opérations de la B.C.E. ont surtout servi d’antalgiques aux nations dépensières qui ne traitent pas le cancer sous-jacent de leurs dettes énormes. La politique actuelle de la B.C.E. qui consiste à faire tout son possible, y compris des achats massifs d’obligations italiennes, démontre qu’elle ne se soucie pas d’empêcher le cancer de s’étendre, et ne fait que tenter de repousser l’inévitable.

Pourquoi l’Allemagne et d’autres pays sont-ils si inquiets d’une mutualisation des dettes ? Chaque euro imprimé par la B.C.E. est un taxe sur les liquidités. Chaque euro créé est une taxe sur chaque personne dans la zone euro. En monétisant la dette italienne, la B.C.E. force chaque citoyen allemand — et chaque personne qui utilise l’euro — à payer pour des dépenses italiennes extravagantes. Le gouvernement allemand est manifestement plus inquiet pour ses détenteurs d’obligations que pour ses citoyens ; sinon il se serait opposé avec force à la création actuelle de fausse monnaie par la B.C.E.

Le problème des dettes excessives n’est pas seulement italien. La France a un ratio dette/P.I.B. de 98%, mais elle a déjà indiqué qu’il augmenterait à 115% après avoir promis des cadeaux de Noël en avril. Bien entendu, avec une économie mondiale glissant dans la récession, et peut-être la dépression, un ratio de 150% est sans doute beaucoup plus réaliste. Cela sera encore pire pour l’Espagne et l’Italie. Sans une mutualisation des dettes, une nouvelle situation à la grecque est absolument certaine.

L’inquiétude de Macron est parfaitement justifiée.

Tel un obèse qui s’était fixé des objectifs de poids, les pays européens ont rapidement oublié l’objectif de 60% de dette sur le P.I.B. qui avait été décidé par le pacte de croissance et de stabilité. L’Europe était déjà un mort-vivant. La crise du coronavirus n’a fait que mettre en lumière ses politiques économiques défaillantes sous-jacentes.

Le compte à rebours est enclenché quant à l’existence même de l’Union européenne. Les nations européennes devront bientôt faire le choix crucial de mettre fin à la zone euro dans sa forme actuelle, ou bien d’être coincées collectivement dans un environnement de faible croissance et d’inflation galopante. Une mutualisation des dettes est synonyme d’une pression à la hausse sur les taux d’intérêt allemands.

Si l’Allemagne et les autres pays d’Europe du Nord campent sur leur position, une crise de la dette souveraine entraînera probablement la fin de l’euro et un retour aux monnaies nationales. Ce scénario n’est en aucun cas garanti, mais, s’il se produit, ce sera manifestement un choc pour l’économie mondiale. Mais ce ne sera pas forcément un désastre. Il existe beaucoup d’exemples de pays ayant changé de monnaie sans conséquences catastrophiques. Les États-Unis sont revenus d’une monnaie continentale vers l’or et l’argent. L’Allemagne est passée du reichsmark au rentenmark en 1923, et les Français de l’assignat au franc-or suite à l’hyperinflation de 1790-1797.

La fin de l’euro signifierait-elle la fin de l’Union européenne ? Il est difficile d’envisager que les vastes et coûteuses institutions européennes puissent survivre au cataclysme économique qui vient. Pourtant, rien n’empêche les pays de revenir au projet original de l’U.E. — la circulation libre des personnes, des biens et du capital entre les États-membres. La fin de l’Union européenne en tant que super-État, et de sa myriade de régulations, n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

La pandémie de COVID-19 ne sera pas par elle-même la cause de la cascade d’événements économiques à venir. La pandémie peut être brève, mais les ramifications économiques des politiques de confinement dureront bien plus longtemps. L’Europe pourrait être le premier domino à tomber, mais d’autres suivront certainement. Après tout, le ratio dette/P.I.B. actuel du Japon dépasse les 200% et est promis à devenir beaucoup plus grand.

Les historiens futurs verront peut-être la période actuelle comme une illustration de la folie consistant à accorder un pouvoir illimité aux banques centrales pour manipuler la masse monétaire et les finances publiques. Comme dit la maxime, « le pouvoir absolu corrompt absolument ». Cela se vérifie aussi bien pour les banques centrales que pour les monarques ou les parlements.

Une réflexion sur « Pour éviter l’effondrement de la zone euro, l’Europe tend à devenir un super-État »

  1. Bonjour.
    Bravo pour cette initiative. Je cherche à faire avancer un projet de Mises Institute pour la France, nous pourrions unir nos forces…
    Merci de prendre contact, si cela vous semble d’intérêt.
    Au plaisir.

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