La liberté individuelle doit prévaloir, même si les guerriers du COVID disent l’inverse

par Patrick Barron (2 mai 2020)

Photo par Graeme Nicholl sur Unsplash

De 2009 à 2012, j’ai assuré à l’université de l’Iowa un cours d’introduction à l’école autrichienne d’économie. Le premier jour, je disais à mes étudiants que l’école autrichienne modifierait la façon dont ils voient le monde, pas seulement d’un point de vue économique, mais d’un point de vue plus général. Plus rien ne leur apparaîtrait de la même façon. Ils apprendraient à penser par eux-mêmes et à ne plus céder à la propagande de l’État, aux médias de masse ni aux opinions mal assurées de leurs amis et connaissances. Bien sûr, cela ne leur assurerait pas un très grand succès dans les soirées !

Individualisme méthodologique contre collectivisme

Je leur expliquais que la science économique est un sous-ensemble de la science de l’action humaine. Toute action est individuelle, subjective et vise un certain but.

Ludwig von Mises utilisait l’expression d’individualisme méthodologique pour qualifier la base de ce qui peut être connu de l’économie en particulier, et de l’action humaine en général. C’est l’individu, et non le groupe, qui vise un niveau plus élevé de satisfaction, tel qu’il le conçoit à un moment donné. Bien sûr, ces “préférences” sont subjectives, ce qui veut dire qu’elles sont sans aucun doute différentes selon les gens, et sujettes à une évolution constante chez l’individu lui-même. (Prenons l’exemple du désir subjectif d’un verre d’eau après qu’on ait tondu le gazon du jardin par une chaude journée. À ce moment-là, un verre d’eau fraîche est tout en haut de l’échelle de préférence d’une personne donnée, mais descend sur cette échelle une fois la soif étanchée. D’autres pourraient ne pas se satisfaire d’un verre d’eau ; seule une bière fraîche ou une limonade ferait leur affaire.)

Il n’existe rien de tel qu’une action humaine “collective”, comme par exemple « les Américains ont choisi de vendre leurs actions la semaine dernière », « les Français aiment passer le mois d’août sur la Côte-d’Azur », ou « l’Allemagne a déclaré la guerre aux États-Unis le 11 décembre 1941 ». L’action collective est une illusion, comme l’a expliqué Ludwig von Mises. Au début cela paraît étrange, mais après réflexion cela devient tout à fait évident, et entraîne la remise en cause de beaucoup d’affirmations erronées. Par exemple, les médias de masse sont connus pour des gros titres du genre « les Américains craignent le coronavirus ». Il s’agit d’une affirmation sans fondement, car il n’existe aucune entité « les Américains », il n’existe que des individus vivant en Amérique. La peur de contracter le coronavirus qui est attribuée en général aux Américains varie individuellement — depuis celui qui est si effrayé qu’il ne sortira plus de chez lui, jusqu’à celui qui ne ressent presque aucune crainte.

Le problème des contraintes d’État

Puisque toute action est individuelle, subjective et vise un but, il est impossible pour un État, en cas de crise, de mener des actions collectives qui ne soient pas coercitives pour presque tout le monde. Le coronavirus en est un parfait exemple. À ce jour (16 avril 2020), quarante et un des cinquante États américains ont décidé d’une forme ou d’une autre de ce qu’on appelle un “confinement”. Des entreprises jugées “non essentielles” doivent rester fermées, et différentes restrictions ont été décidées quant aux mouvements et aux interactions de la population. L’objectif déclaré est, dans tous les cas, d’« arrêter la course » du virus.

Il n’y a pourtant aucun moyen pour un bureaucrate d’État de savoir quels achats et quelles activités sont véritablement “essentielles”. L’individu doit décider lui-même quelle action il doit ou ne doit pas accomplir pour éviter d’attraper la maladie et pour satisfaire ses autres préférences, telles que garder un toit au-dessus de sa tête ou nourrir sa famille. Si tout le monde avait la même préférence pour s’isoler, fermer son entreprise, ne plus fréquenter de magasins, refuser de se présenter au travail ou de socialiser avec ses amis et voisins, alors l’État n’aurait nul besoin de mettre en œuvre chacune de ces mesures. La seule conclusion à tirer est que les contraintes imposées par l’État violent les préférences de beaucoup d’individus. Puisque l’individu est seul à agir dans un but donné (ce qui n’est pas le cas des groupes), les contraintes de l’État sur ces individus sont illogiques et injustifiables.

L’homme est une fin, jamais un moyen

Ralentir la course ou la létalité d’un virus est un résultat de l’action humaine individuelle ; ce n’est pas une fin en soi qui justifierait d’utiliser l’homme comme un moyen. Emmanuel Kant l’a très bien exprimé dans son principe d’humanité, selon lequel l’homme est une fin et ne doit jamais être envisagé comme le moyen d’une fin. Les individus ont des préférences différentes, et seul l’individu peut déterminer ce qui est ou non dans son meilleur intérêt. Un individu qui souhaite garder son entreprise ouverte n’aura affaire qu’à d’autres individus souhaitant chacun être un de ses clients. Le chef d’entreprise et ses clients peuvent prendre toutes actions protectrices qu’ils jugent mutuellement appropriées. Personne n’est contraint à être le client d’une entreprise qui ne lui semble pas prendre des mesures de sécurité appropriées, et les chefs d’entreprise peuvent exiger de leurs clients de prendre telle ou telle précaution sanitaire pour pouvoir bénéficier de leurs biens et services. Cela est parfaitement cohérent avec le principe d’humanité de Kant, ainsi qu’avec les positions de l’école autrichienne d’économie selon lesquelles la société progresse par la coopération sociale et la division du travail. En d’autres termes, il n’existe rien de tel qu’un objectif collectif fixé par un État. L’État est seulement composé d’individus exprimant leurs propres préférences. Mais chaque individu exprime ses propres préférences par son interaction mutuelle avec d’autres individus. Personne, pas même un État, n’est en position morale de contraindre les gens à agir contre leurs propres préférences. Il s’agit là d’une violation de l’impératif catégorique de Kant, selon lequel chacun ne doit agir que si son action pourrait être une loi universelle. En d’autres termes, chacun devrait, toujours et partout, suivre la règle d’or.

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