Les communistes européens aimeraient rendre les marchés et le “néolibéralisme” responsables du COVID-19

par Fabrizio Ferrari (8 mai 2020)

Photo par Taras Chernus sur Unsplash

Alors que la pandémie de COVID-19 s’étend au monde entier, beaucoup d’experts gauchistes et de politiciens communistes attribuent son extension à ce qu’ils prétendent être les défauts intrinsèques du néolibéralisme — qu’ils assimilent à la mondialisation, au laissez faire, à l’absence de solidarité et à la hausse des inégalités. Pourtant, toutes leurs affirmations et théories sont soit factuellement fausses, soit sans aucun sens sur le plan logique et praxéologique.

La mondialisation, c’est une coopération sociale améliorée

Tout d’abord, les gauchistes et communistes antimondialistes ne semblent pas comprendre clairement ce qu’est vraiment la mondialisation : un cadre économique et institutionnel dans lequel, simultanément, la production économique (biens de consommation et services) et les facteurs de production (marchandises, travail et capital) peuvent se déplacer et circuler mondialement avec une liberté relative.

Comme on peut le comprendre aisément, une telle liberté de circulation et de mouvement n’est rien d’autre qu’une coopération sociale améliorée. De fait, moins il y a de contraintes sur l’allocation des ressources (les biens des consommateurs comme des producteurs), plus grandes sont l’efficacité (allocation des biens des producteurs, minimisation des coûts et maximisation des profits) et la satisfaction (en termes de diversité des biens de consommation et de prix bas) dont peuvent bénéficier à la fois les producteurs et les consommateurs.

En vérité, comme nous le savons tous, la coopération sociale est le seul moyen par lequel les sociétés humaines peuvent progresser et fournir de meilleures conditions de vie à tous leurs membres. Comme l’écrivait Mises dans L’action humaine,

Chaque étape par laquelle un individu substitue une action concertée à une action solitaire a pour conséquence une amélioration immédiate et manifeste de ses conditions de vie. Les avantages engendrés par la coopération pacifique et par la division du travail sont universels.

Compte tenu que la mondialisation n’est rien de plus qu’une coopération internationale pacifique et une division du travail, il est clair qu’elle devrait entraîner (et qu’elle entraîne bel et bien) de meilleures conditions économiques et de bien-être que ne pourront jamais le faire l’isolationnisme et l’autarcie. Ce fait peut être déduit par la praxéologie (comme nous l’avons fait rapidement) mais il est aussi prouvé empiriquement par les innombrables exemples historiques de désastres, de misère et de famines qui se sont abattus sur des peuples innocents, du fait de politiques autarciques et isolationnistes.

Le laissez faire, c’est l’apprentissage par essai et erreur

Ensuite, les politiciens communistes et les experts gauchistes se trompent entièrement sur ce qu’est vraiment le laissez faire, ce qu’il implique et combien il est bénéfique (et même fondamental et indispensable) à un fonctionnement correct du capitalisme — qui est le seul cadre de coopération sociale, historiquement aussi bien que praxéologiquement, susceptible d’améliorer les conditions matérielles des êtres humains.

Un laissez faire sans restriction est le seul et unique scénario institutionnel dans lequel les agents économiques (consommateurs et producteurs) peuvent ajuster librement et rapidement leurs choix et leurs comportements en fonction des changements survenant dans le marché libre — ce qui est la manifestation ultime et l’exemple parfait de la coopération sociale. Dès que le laissez faire est entravé par l’intervention étatique, la coopération sociale fonctionne moins bien et la société devient perdante et moins efficace dans l’allocation des ressources.

De plus, le laissez faire est indispensable dans un contexte capitaliste handicapé par un système bancaire de réserve fractionnaire et par des monnaies fiduciaires d’État. Comme l’enseigne la théorie autrichienne des cycles économiques, la faculté de « créer de la monnaie à partir de rien » (monnaie fiduciaire) que l’on accorde aux banques commerciales entraîne une discordance entre l’épargne (ressources que les agents de consommation souhaitent ne pas utiliser aujourd’hui) et l’investissement (moyens de production réaffectés à des niveaux de production supérieurs, de manière à permettre une plus grande consommation demain). Selon les termes de Mises,

La conséquence que ceux qui veulent interrompre la récurrence des bulles et des krachs tirent de la théorie des cycles monétaires, c’est que les banques doivent s’abstenir de faire croître le crédit.

Cependant, puisque réformer l’actuel système bancaire des réserves fractionnaires et celui de la monnaie fiduciaire d’État ne semble pas faisable (du moins à court terme), laisser les agents économiques libres de corriger les erreurs qu’ils font dans l’allocation des ressources semble être le seul moyen de faire face aux cycles de bulles et de krachs induits par l’endettement que nous connaissons.

En ce sens, le laissez faire et la mondialisation sont interdépendants. Ce que la crise économique du COVID-19 nous enseigne — au-delà du caractère discutable de mises à l’arrêt aveugles de l’économie —, c’est que, peut-être, les entrepreneurs ont sous-estimé le risque pandémique en agençant la chaîne mondiale de valeur dont nous bénéficions tous.

Mais cela ne signifie pas que le laissez faire et la mondialisation seraient de mauvais choix : ce sont des outils, rien de plus. Au moyen de ces outils, une société capitaliste peut ajuster sa structure productive et mieux fonctionner par la suite, en apprenant de ses erreurs passées. Si le monde occidental avait un planificateur socialiste central plutôt que des entrepreneurs libres, ce processus d’auto-correction améliorative ne pourrait pas avoir lieu.

Néolibéralisme : de plus grandes inégalités, une solidarité affaiblie ?

Enfin, le laissez faire n’implique pas de rejeter la protection sociale dont nous bénéficions dans les pays occidentaux. Ce qui peut se démontrer à la fois théoriquement et empiriquement.

Les critiques du capitalisme et du néolibéralisme accusent le marché d’être un système qui — prétendument — tendrait inévitablement vers une distribution plus inégalitaire des ressources. Cependant, même si cela était vrai (les variations temporelles des inégalités sont complexes et difficiles à mesurer), l’alternative égalitariste est évidemment pire.

Considérons deux modes possibles de protection sociale (c’est-à-dire deux niveaux possibles pour assurer le bien-être des gens dans une société donnée) : le mode égalitariste, et le mode “rawlsien”. Le premier postule que la société se porte mieux à proportion de l’égalité du bien-être de ses agents ; cependant que le second postule que le bien-être social dépend des conditions de vie de ses membres les moins riches.

Comme le montre la figure 1, on peut envisager une société inégalitaire dont chaque membre bénéficie pour autant d’un plus grand bien-être que dans un scénario plus égalitaire : c’est ce qu’illustre le passage du scénario 1 au scénario 2, et c’est ce qu’implique la mondialisation. À noter que, d’un point de vue égalitariste, la société se porterait mieux dans le scénario 1, où elle serait “plus égalitaire”, que dans le scénario 2, où les agents A et B bénéficieraient pourtant tous deux de meilleures conditions de vie (même si inégales).

Figure 1 : bien-être individuel et protection sociale

Ce simple schéma est matière à réflexion sur le communisme et les idéologies utopiques : en espérant réaliser le scénario 3, où tout le monde vivrait mieux et où la société serait plus égalitaire (ce qui ne serait pas faisable compte tenu de contraintes productives et technologiques), les communistes et les utopistes nous forcent à réaliser le scénario 1, dans lequel nous sommes tous plus pauvres et vivons moins bien — mais en ayant terrassé l’inégalité ! De plus, accepter le scénario 2 (c’est-à-dire suivre une approche “rawlsienne”), c’est exactement ce pour quoi les États-providence capitalistes modernes sont conçus : personne n’est abandonné sur le chemin s’il se trouve véritablement désavantagé — et aucun partisan libertarien du libre marché ne serait favorable à cela. Prendre soin des gens désavantagés ne suppose pas qu’il faille embrasser un point de vue égalitariste.

En outre, on peut observer qu’historiquement le niveau de solidarité dans le monde occidental a augmenté — et non pas diminué, comme le prétendent les anticapitalistes modernes — au fur et à mesure que les marchés et la mondialisation se sont affirmés. Même en adoptant les outils gauchistes de mesure de la “solidarité” — tels que la dépense publique —, les dépenses sociales publiques ont augmenté dans tous les pays de l’O.C.D.E. dès les années 80, et elles sont supérieures aujourd’hui — même après la Grande récession — à ce qu’elles étaient alors1.

Figure 2 : dépenses sociales publiques en pourcentage du P.I.B., 1980-2018 (source : O.C.D.E.)

Conclusion

Même si les gauchistes et les antimondialistes voyaient juste (et je ne crois pas que ce soit le cas) lorsqu’ils accusent le capitalisme et ses différents aspects d’être responsables de la pandémie actuelle, ils se trompent absolument lorsqu’ils nient la capacité du capitalisme à s’améliorer et à corriger son chemin.

Ce qu’ils voient comme les défauts du capitalisme — la mondialisation et le laissez faire — sont précisément ses points forts. Et ce dont ils accusent le capitalisme — un manque de solidarité et un abandon des gens en difficulté — s’appuie sur une analyse théorique et factuelle incorrecte. Il faut s’abstenir de donner du crédit à leurs personnes et à leurs discours trompeurs.

  1. Que la dépense publique soit une mesure pertinente de la solidarité est une affirmation contestable ; cependant c’est celle qu’utilisent les anticapitalistes.

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